Pourquoi un nouveau récit ?

60% des personnes en âge de travailler c’est-à-dire entre 25 et 64 ans considèrent le travail comme une contrainte[1]

69% des Français considèrent en décembre 2013 que la démocratie ne fonctionne pas très bien ou pas bien du tout – contre 48% en 2009.[2]

23% des Français ont confiance dans les médias en décembre 2013.2

60% des Français n’ont confiance ni dans la droite ni dans la gauche pour gouverner le pays. 2

36% éprouvent de la méfiance et 31% du dégoût à l’égard de la politique.2

20% des Français seulement pensent que le système capitaliste fonctionne plutôt bien et qu’il faut le conserver.[3]

 

Ces chiffres peuvent impressionner mais ils sont surtout les symptômes d’une crise systémique profonde dans le sens employé par Gramsci :

La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés.

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Le « nouveau » n’a pas encore de forme, pas de visage ni de nom bien que ses potentiels partisans soient une majorité silencieuse et polymorphe qui se cherche à tâtons dans l’obscurité du chaos actuel.

Au-delà des statistiques, ce sont bien des êtres humains qui subissent la violence et l’humiliation d’un système.

Nous sommes humiliés parce que nous n’avons pas de prise. Nous subissons l’économie, la politique, notre travail ou notre chômage quotidien, et jusqu’à notre mode de vie.

On subit ces changements comme on subit le dérèglement climatique : comme si nous n’y pouvions rien.

La voix des humiliés n’a pas d’écho. Le système n’est jamais remis en cause, et plutôt que d’agir pour le changer, on commente les commentaires de la vie politique et économique. Sous nos yeux ébahis, le monde politique s’évertue quotidiennement sur la scène médiatique. Comme s’il était nécessaire de « faire parler les enfants » pendant que les adultes s’occupent des choses sérieuses. Les commentaires ont détrôné l’action. Les polémiques superficielles ont endormi notre capacité de controverse sur le fond. Et les images sidérantes du quotidien occultent toute vision de l’avenir.

On ne peut plus discuter de la manière dont on vit nos vies alors que la promesse de notre monde moderne c’est justement de pouvoir les choisir, pour s’épanouir, dans notre travail, dans nos relations.

Ce choix n’est plus possible. Nous vivons de plus en plus d’aspects de nos vies comme des contraintes, et ces contraintes ont de moins en moins de sens.

En consommant, en travaillant, nous donnons notre énergie à un système que nous n’aimons pas, et auquel on n’ose pas renoncer faute d’alternative « crédible ». Celui-ci doit d’ailleurs sentir notre désamour, puisqu’il nous le rend mal, et de plus en plus mal à mesure que les inégalités explosent, que le chômage et les emplois précaires augmentent.

Il nous renvoie l’impression que nous sommes inutiles puisque nos activités n’ont pas vraiment de sens, au-delà de la routine et de la nécessité de survivre. Les activités qui ont du sens, comme prendre soin des autres ou développer nos propres capacités d’action, sont rarement rentables.

Le monde change pourtant, mais nous subissons ce changement comme un chaos qui s’immisce dans nos vies, qui brise nos routines et détruit nos quelques repères rassurants.

Les initiatives entrepreneuriales, associatives, politiques, sont autant de mouvements qui viennent parfois changer nos vies pour le meilleur ou pour le pire. Mais pris dans son ensemble, le nouveau monde avance masqué, ses promesses sont floues et les formes qu’il peut prendre sont multiples.

Ces bouleversements, nous pouvons nous en saisir. Devenons le mouvement qui anime notre monde, rattrapons ce « nouveau » qui court devant nous sans visage et sans nom et incarnons-le pour lui donner la forme que nous souhaitons vraiment !

 

Un nouveau modèle de société va émerger, donnons-lui la forme que nous souhaitons, celle qui correspond à nos aspirations et à ce que nous vivons comme les enjeux de notre époque.

incarnons

Donnons vie à une société désirable porteuse d’un nouveau récit dans lequel nous nous reconnaissons et nous avons envie de nous engager. Une société qui valorise l’art de vivre, la convivialité, la créativité et toutes les activités proprement humaines. Une société dans laquelle les spectateurs d’hier deviennent des acteurs. Une société dans laquelle on met fin aux phénomènes de déshumanisation et de contrôle pour permettre la réalisation de notre pleine humanité. Une société dans laquelle on aura troqué la compétition de tous contre tous et la méfiance généralisée pour des logiques de collaboration et d’empathie.

Les bribes de ce modèle existent, bien qu’il n’ait pas encore de contours. Ce qu’il nous manque, c’est la vision du modèle de demain, ce récit qui engagera chacun de nous dans cette voie. C’est ce nouveau récit que nous voulons construire.

 

~Les conteurs du monde de demain ~

 

 

[1] Libération, 24 mai 2014

[2] Le baromètre de la confiance politique mené par le Cevipof publié en janvier 2014

[3] Sondage Ifop en 2013 reporté dans un article de Politis

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